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L’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes au Tchad : entre désillusion, obstacles structurels et soif d’innovation

• Publié le 2 octobre 2026

Diplôme de master en gestion d’entreprises en main, Mahamat, 27 ans, a passé deux années à déposer des CV dans les administrations publiques et les rares multinationales de la capitale. Sans succès. Comme lui, des dizaines de milliers de jeunes Tchadiens se heurtent chaque année à un marché de l’emploi formel totalement saturé. Face à cette impasse, une prise de conscience s’impose : l’avenir ne viendra pas du salariat classique, mais de la capacité de la jeunesse à créer ses propres opportunités.

Pourtant, transformer une idée en entreprise viable au Tchad relève encore aujourd’hui du parcours du combattant.

1. La triple barrière : Crédit, Énergie et Connectivité

Si la jeunesse tchadienne ne manque ni d’idées ni de résilience, ses ambitions se heurtent immédiatement à des réalités économiques très dures :

  • L’accès au crédit, une muraille d’acier : Les banques commerciales appliquent une politique de risque extrêmement frileuse. Taux d’intérêt élevés, exigences de garanties immobilières ou foncières impraticables pour un jeune diplômé : le financement de démarrage (seed money) est quasi inexistant hors du cercle familial.
  • Le coût de l’énergie : Faire tourner une petite unité de transformation agroalimentaire ou un atelier textile nécessite de l’électricité. Or, les délestages fréquents et le coût du kilowattheure forcent les entrepreneurs à utiliser des groupes électrogènes gourmands en carburant, ce qui détruit immédiatement leur marge bénéficiaire.
  • La facture numérique : Bien que l’accès au réseau s’améliore, la connexion Internet haut débit reste chère pour une jeune start-up informatique qui souhaiterait développer des services numériques à grande échelle.

2. L’émergence d’un nouvel écosystème d’innovation

Malgré ces contraintes, une véritable culture du « do it yourself » prend racine. À N’Djamena, Moundou ou Abéché, la jeunesse s’organise :

  • La montée en puissance des incubateurs : Des espaces de co-working et des structures d’accompagnement émergent pour former les porteurs de projets au business model, au pitch et au management.
  • La valorisation du « Made in Chad » : De plus en plus de jeunes se tournent vers la transformation des produits locaux (jus de fruits naturels, cosmétiques à base de beurre de karité ou de spiruline, séchage de viandes et légumes). Ils répondent ainsi à une demande locale en réduisant la dépendance aux importations.
  • L’Agritech comme levier : Des jeunes ingénieurs développent des solutions simples à base de capteurs solaires ou de services SMS pour informer les agriculteurs ruraux des prix du marché ou de la météo.

« Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de la charité, mais d’un environnement des affaires adapté à notre réalité. Donnez-nous un accès simplifié au crédit et de l’énergie stable, et la jeunesse créera les emplois de demain. » Un jeune fondateur d’incubateur à N’Djamena

3. Feuille de route : Comment libérer le potentiel de la jeunesse ?

Pour passer de quelques success-stories isolées à un véritable boom économique, trois réformes prioritaires sont nécessaires :

  1. Création d’un Fonds National de Garantie pour la Jeunesse : L’État et les bailleurs de fonds doivent s’associer pour garantir les prêts bancaires accordés aux TPE/PME dirigées par des jeunes de moins de 35 ans.
  2. Refonte de la formation professionnelle : Rapprocher les universités des entreprises privées en créant des filières courtes et pratiques axées sur le numérique, l’électricité solaire, le froid industriel et l’agronomie.
  3. Statut fiscal de la Jeune Entreprise Innovante (JEI) : Exonérer d’impôts sur les sociétés et de patentes les jeunes entreprises pendant leurs 3 premières années d’existence afin de leur donner le temps de se consolider.

Redigée par Sohiba Mahamoud Bachar

Chargée Tech Innovation et Plaidoyer Numérique