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L’insuffisance rénale au Tchad : Le diagnostic de l’oubli

Au Tchad, l’insuffisance rénale chronique n’est plus seulement une pathologie médicale, c’est une sentence sociale. Alors que le nombre de cas explose, porté par la montée du diabète et de l’hypertension, le système de santé national peine à offrir une réponse à la hauteur du défi. Entre le coût prohibitif des soins et la centralisation extrême des rares unités de dialyse à N’Djamena, des milliers de patients se retrouvent condamnés par le manque d’infrastructures adéquates. Plongée au cœur d’une crise sanitaire silencieuse où l’accès à la vie dépend d’une machine trop souvent inaccessible.

Une pathologie en expansion galopante L’insuffisance rénale, caractérisée par l’incapacité des reins à filtrer les déchets du sang, progresse de manière alarmante au sein de la population tchadienne. Les causes sont multiples : automédication par des produits traditionnels non contrôlés, infections mal soignées, mais surtout une prévalence croissante des maladies non transmissibles. Pourtant, malgré cette urgence, la détection précoce reste le parent pauvre du système de santé, le diagnostic tombant souvent au stade terminal, là où seule la dialyse peut prolonger la vie.

Le désert médical et technique La réalité du terrain est brutale. Le Tchad souffre d’un déficit criant en néphrologues et en techniciens de maintenance pour les générateurs de dialyse. L’essentiel de la prise en charge se concentre dans la capitale, laissant les provinces dans un abandon total. Un patient vivant à Abéché, Moundou ou Faya doit s’exiler à N’Djamena, rompant ses liens sociaux et professionnels, pour espérer obtenir ses séances de soin bihebdomadaires. Cette centralisation crée un goulot d’étranglement : les centres existants, souvent saturés, font face à des pannes récurrentes .

 Le prix de la survie Bien que l’État tchadien ait consenti des efforts pour subventionner la séance de dialyse, le coût indirect reste insupportable pour le citoyen moyen. Les examens biologiques réguliers, les médicaments indispensables (comme l’érythropoïétine pour lutter contre l’anémie) et le régime alimentaire spécifique représentent des dépenses mensuelles dépassant largement le salaire minimum. Pour beaucoup de familles, soigner un proche revient à s’endetter sur plusieurs générations, illustrant une inégalité flagrante devant la mort.

La problématique de l’insuffisance rénale au Tchad est le miroir des faiblesses de notre système de santé : elle nécessite une transition urgente de la médecine curative vers la stratégie préventive. La prise en charge de l’insuffisant rénal au Tchad ne doit plus être un parcours du combattant, mais un droit fondamental respecté.           L’accès aux soins est un luxe ou un droit pour  chaque tchadien?

ABDERAMAN Abakar

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