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N’Djaména : Le panier de la ménagère à l’épreuve des fêtes

À N’Djaména, l’effervescence des marchés à l’approche des grandes célébrations est une épée à double tranchant. Alors que nous sommes en plein mois de mars 2026, entre la période du Ramadan et les préparatifs de la Pâques, les N’Djaménois font face à une réalité économique brutale dans les allées des marchés de Dembé, de Cholera ou du Marché Central.

Dans les rues de la capitale, l’ambiance est au jeûne et au partage, mais sur les étals, la fête a un goût amer. Comme chaque année, une mécanique implacable s’est mise en marche : celle de la flambée des prix. À N’Djaména, l’inflation ne se lit pas seulement dans les statistiques de la Banque Mondiale, elle se ressent au fond de la poche à chaque passage à la caisse.

1. Des chiffres qui donnent le vertige

Depuis le début du mois de mars, les produits de première nécessité ont entamé une ascension fulgurante. Le constat est unanime chez les ménages rencontrés au Grand Marché :

  • Le sucre et l’huile : Incontournables pour la rupture du jeûne, ils affichent des hausses de 15 % à 25 % selon les quartiers.
  • La viande de bœuf et de mouton : Malgré le statut de pays pastoral du Tchad, le kilo de viande devient un luxe inaccessible pour beaucoup.
  • Les légumes frais : Tomates, oignons et piments voient leurs prix doubler, parfois sous prétexte de difficultés d’acheminement depuis les zones de production.

2. Entre spéculation et coût du carburant

Pourquoi une telle hausse cette année ? Si la forte demande liée au Ramadan et à Pâques explique une partie du phénomène, d’autres facteurs locaux pèsent lourd :

  • La spéculation sauvage : Certains commerçants n’hésitent pas à stocker les denrées pour créer une pénurie artificielle et faire monter les enchères.
  • Le transport : Le coût élevé du carburant et les tracasseries sur les axes routiers renchérissent le prix final payé par le consommateur N’Djaménois.

« On nous parle de régulation, mais sur le terrain, chaque commerçant fait sa loi. Pour nourrir ma famille ce soir, j’ai dû sacrifier le budget des vêtements des enfants pour la fête », témoigne de Fatimé, mère de cinq enfants au marché de Dembé.

3. Les stratégies de survie des N’Djaménois

Face à cette cherté de vie, la solidarité tchadienne s’organise, mais les limites sont atteintes. Les familles se tournent désormais vers :

  • Les achats groupés : Plusieurs foyers s’unissent pour acheter des sacs (riz, farine, oignon) directement auprès des grossistes.
  • Le retour au « produit de substitution » : On délaisse les produits importés pour se concentrer sur les céréales locales comme le mil ou le sorgho, bien que ceux-ci ne soient pas totalement épargnés par la hausse.
  • L’anticipation : Une tendance forte en 2026 consiste à acheter les produits non périssables deux mois à l’avance, bien avant l’agitation de mars.

L’Association pour la Défense des Droits des Consommateurs (ADC) continue de monter au créneau pour demander un contrôle plus strict des prix par le ministère du Commerce. En attendant une régulation efficace, les N’Djaménois naviguent entre prières et calculs d’apothicaire pour que la fête reste, malgré tout, un moment de joie.

Rédigé par Sohiba Mahamoud Bachar

Chargée Tech, Innovation & plaidoyer numérique

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