« Tog way gay yédji » : le petit code discret des bus qui en dit long sur le quotidien des passagers à N’Djamena

Dans les bus qui sillonnent les rues de N’Djamena, certaines scènes passent presque inaperçues pour ceux qui restent à l’extérieur. Entre le chauffeur et son apprenti, de petits mots circulent, chuchotés comme des signaux discrets. Ces expressions, mélange de langues locales et d’arabe tchadien, racontent en réalité beaucoup sur la manière dont fonctionne le transport urbain et sur le quotidien des passagers. Parmi elles, « tog way gay yédji » est l’un de ces codes qui révèlent toute une organisation informelle, mais bien réelle, au cœur des bus de la capitale.
À N’Djamena, prendre un bus de transport public fait partie du quotidien de nombreux citoyens. Étudiants, travailleurs, commerçants… pour beaucoup, c’est le moyen de transport le plus accessible pour se déplacer dans la ville.
Mais lorsqu’on est déjà installé dans un bus, on remarque parfois un détail que ceux qui sont à l’extérieur ne perçoivent pas.
Entre le chauffeur et son apprenti, il existe de petits codes murmurés presque discrètement. Parmi eux, une expression revient souvent : « tog way gay yédji » melange de bunda et d’arabe Tchadien qui signifie littéralement une pièce de 100F arrive.
Cette phrase n’est pas criée. Elle est généralement chuchotée entre eux, presque comme un signal. Pour comprendre, il faut être à l’intérieur du bus.
Dans leur langage, cela signifie simplement : « Stop, il y a un client ». Autrement dit, une nouvelle pièce de 100 FCFA arrive. Le chauffeur ralentit ou freine, l’apprenti descend rapidement pour appeler la personne et l’inviter à monter.
Ce petit code montre à quel point, dans ce système de transport, chaque client compte. Le but est clair : remplir le bus pour rentabiliser le trajet.
Mais du côté des passagers, cette réalité peut parfois créer un malaise. Une fois dans le véhicule, l’attention du chauffeur et de l’apprenti se tourne déjà vers l’extérieur, vers les prochains clients à attirer.
Les passagers deviennent alors spectateurs d’un ballet quotidien : arrêts fréquents, discussions rapides entre chauffeur et apprenti, et parfois de longues attentes pour que le bus se remplisse avant de continuer.
Pourtant, malgré ces difficultés, les habitants continuent d’emprunter ces bus. Parce que dans de nombreuses zones de la ville, les alternatives restent limitées.
Au fond, ces petits codes comme « tog way gay yédji » racontent quelque chose de plus grand : la débrouillardise du transport urbain, mais aussi les défis auxquels font face à la fois les transporteurs et les usagers.
Et peut-être qu’avec plus d’organisation, de dialogue et de respect mutuel, ces trajets quotidiens pourraient devenir plus agréables et plus sûrs pour tout le monde.
Car derrière chaque arrêt de bus, il n’y a pas seulement une pièce de 100 FCFA.
Il y a une personne qui se déplace, un citoyen qui mérite considération.
Par Allambadenan Hervé
Responsable communication
AfricTivistes CitizenLab Tchad