Éducation civique : une urgence silencieuse dans l’école tchadienne

L’absence progressive de l’éducation civique dans l’école tchadienne se ressent aujourd’hui dans les comportements quotidiens des citoyens. Pourtant, la mission première de l’école n’est pas seulement d’instruire, mais aussi de former des citoyens responsables et respectueux des règles de la société.
L’histoire de l’école au Tchad remonte à plus d’un siècle. Les premières structures éducatives modernes apparaissent au début du XXᵉ siècle, notamment vers 1911 dans la ville de Mao. À cette époque, l’école ne se limitait pas à transmettre des connaissances académiques. Elle inculquait également des valeurs sociales, morales et civiques.
Durant plusieurs décennies, l’éducation civique occupait une place importante dans les programmes scolaires. Elle apprenait aux élèves les règles du vivre‑ensemble, le respect des institutions, la responsabilité individuelle et collective, ainsi que la compréhension de la Constitution et des lois du pays.
Mais avec les réformes successives du système éducatif, ces enseignements ont progressivement perdu de leur place dans les salles de classe.
Le système éducatif du Tchad est régi par la Loi n°16/PR/2006 portant orientation du système éducatif tchadien. Cette loi définit les bases juridiques et les finalités de l’école dans le pays.
Elle rappelle que l’éducation ne doit pas seulement transmettre des savoirs, mais aussi former des citoyens capables de participer activement au développement national.
Selon cette loi, l’école doit également transmettre aux élèves des valeurs morales, culturelles et civiques, tout en développant les principes de démocratie, de solidarité et de paix.
Lien de consultation de la loi : https://ac-sudtchad.org/wpcontent/uploads/2022/01/Loi.pdf
Aujourd’hui, une question se pose : pourquoi les comportements citoyens semblent-ils s’affaiblir dans l’espace public ?
Dans les transports publics, dans l’administration ou dans les interactions quotidiennes, les règles élémentaires de civisme sont parfois ignorées. Ce phénomène ne relève ni d’un hasard ni d’un simple relâchement collectif.
Il est souvent le résultat d’un affaiblissement progressif de la formation civique dans l’éducation.
Les générations qui ont bénéficié de cours structurés d’éducation civique avaient un cadre clair pour comprendre les institutions, la citoyenneté et les règles de la vie collective. Pour les élèves d’aujourd’hui, ces repères sont parfois moins visibles.
Lorsque l’école n’enseigne plus suffisamment le civisme, la société finit par en ressentir les conséquences.
Réintroduire et renforcer l’éducation civique dans les programmes scolaires n’est pas un simple retour en arrière. C’est une nécessité pour préparer les citoyens de demain.
Une société stable repose sur trois piliers : la connaissance des lois, le respect des institutions et la responsabilité citoyenne.
L’école reste le premier espace où ces valeurs peuvent être transmises de manière structurée et durable.
Appel à l’action
Il est temps de replacer l’éducation civique au cœur du système éducatif tchadien. Les décideurs publics, les enseignants, les parents et les acteurs de la société civile doivent engager une réflexion collective pour redonner toute sa place à cet enseignement.
Former un citoyen ne signifie pas seulement lui apprendre à lire et à écrire. C’est aussi lui apprendre à vivre avec les autres, à respecter la loi et à construire la nation.
Rédigé par Noubata Gadji