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Le développement commence par nous : Sortir de la culture de la victimisation

« C’est à cause du colonialisme. »

« C’est la faute de la France. »

« C’est parce que nous sommes enclavés. »

« C’est parce que nous sommes un pays pauvre. »

Combien de fois avons-nous entendu ces phrases ? Combien de fois les avons-nous nous-mêmes prononcées ? Elles contiennent une part de vérité, certes. Mais elles sont devenues notre refuge mental, notre excuse permanente, notre prison psychologique.

Le Tchad a des défis réels, des handicaps historiques et géographiques indéniables. Mais la victimisation constante est en train de devenir notre plus grand obstacle au développement. Il est temps de sortir de cette culture paralysante et de reprendre le contrôle de notre destin.

Le piège de la victimisation : Quand l’excuse devient identité

La victimisation, c’est cette posture mentale qui consiste à attribuer tous nos problèmes à des facteurs externes, nous dédouanant ainsi de toute responsabilité dans notre situation actuelle.

Au Tchad, cette culture s’est profondément enracinée.

Quand un jeune diplômé ne trouve pas d’emploi, il accuse immédiatement « le système ». Rarement il se demande : « Mon diplôme correspond-il aux besoins du marché ? Ai-je les compétences pratiques recherchées ? Ai-je envisagé l’auto-emploi ? »

Quand une entreprise tchadienne fait faillite, le patron accuse « les taxes trop élevées » ou « la concurrence déloyale des étrangers ». Rarement il s’interroge sur la qualité de sa gestion, son innovation, son service client.

Quand un village reste sous-développé, on accuse « l’État qui nous a oubliés ». Rarement on se demande : « Qu’avons-nous fait nous-mêmes pour développer notre village ? Avons-nous mis en commun nos ressources ? Avons-nous sollicité nos fils et filles qui ont réussi ailleurs ? »

Cette posture victimaire est confortable parce qu’elle ne nous oblige à rien. Si tout est la faute des autres, nous n’avons aucun effort à faire. Nous pouvons rester passifs, nous lamenter, et attendre un hypothétique sauveur.

Les vraies victimes contre la victimisation

Attention : reconnaître la culture de victimisation ne signifie pas nier les injustices réelles.

Oui, le Tchad a été colonisé. Oui, cette colonisation a laissé des séquelles. Oui, notre enclavement géographique est un handicap. Oui, la corruption de certaines élites nuit au développement. Oui, les accords économiques internationaux ne sont pas toujours en notre faveur.

Mais est-ce que ces réalités nous condamnent à l’immobilisme ?

Prenons l’exemple du Rwanda. En 1994, ce pays a connu un génocide qui a fait près d’un million de morts. Enclavé comme le Tchad, sans pétrole, sans ressources naturelles majeures, le Rwanda avait toutes les raisons de s’installer dans la victimisation. Pourtant, 30 ans plus tard, Kigali est l’une des villes les plus propres d’Afrique, le pays a un système de santé performant, et l’économie est en croissance constante.

Comment ? En refusant la culture de la victimisation. En se disant : « Nous avons été victimes, mais nous ne resterons pas victimes. Nous allons construire. »

L’histoire ne retiendra pas les peuples qui ont eu les meilleures excuses. Elle retient les peuples qui ont surmonté leurs handicaps pour construire quelque chose de grand.

Le Tchad peut continuer à se lamenter sur son enclavement, son passé colonial, ses dirigeants corrompus. Ou il peut décider, collectivement et individuellement, de construire malgré tout.

Les Singapouriens n’avaient pas de ressources naturelles. Les Israéliens avaient un désert. Les Coréens sortaient d’une guerre dévastatrice. Les Rwandais sortaient d’un génocide. Aucun de ces peuples n’avait de raisons objectives d’espérer. Mais ils ont refusé la victimisation. Ils ont choisi la construction.

Le Tchad a du pétrole, des terres arables, une jeunesse dynamique, une diaspora compétente, une position stratégique au cœur de l’Afrique. Nous avons des atouts. Ce qui nous manque, ce n’est pas le potentiel. C’est la volonté collective de sortir de la posture victimaire pour devenir des bâtisseurs.

Le développement commence par nous. Pas par l’État. Pas par la France. Pas par la Chine. Pas par les ONG. Par NOUS.

Chaque Tchadien qui refuse la victimisation et choisit l’action est une brique dans la construction du Tchad nouveau. Soyons ces bâtisseurs.

Le Tchad que nous voulons ne tombera pas du ciel. Nous devons le construire. Pierre par pierre. Effort par effort. Sans excuses. Avec détermination.

Sortir de la culture de la victimisation n’est pas facile. Mais c’est indispensable. C’est le prix de notre liberté. C’est le chemin de notre développement. C’est notre responsabilité envers les générations futures.

À nous de choisir : victimes à vie ou bâtisseurs d’un Tchad nouveau ?

BENOUDJOUM NEKILLAMIAN WILLIAMS

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