Les coups bas dans le milieu des jeunes : Un poison lent pour l’engagement citoyen

Dans le milieu des jeunes engagés, on parle souvent de leadership, d’innovation, de participation citoyenne et de changement social. Pourtant, derrière les discours inspirants et les slogans mobilisateurs, se cache une réalité moins reluisante, mais bien réelle : les coups bas. Silencieux, sournois, parfois banalisés, ils minent profondément les dynamiques collectives et fragilisent l’engagement citoyen des jeunes.
Les coups bas prennent des formes multiples. Ils peuvent être des rumeurs savamment distillées pour ternir une réputation, des informations volontairement retenues afin d’exclure certains jeunes des opportunités, la récupération du travail d’autrui sans reconnaissance, ou encore des attaques déguisées sous couvert de « critiques constructives ». Dans d’autres cas, ils s’expriment par la marginalisation de jeunes leaders jugés trop visibles, trop compétents ou simplement trop libres dans leur pensée.
Dans un environnement où les ressources sont limitées bourses, formations, financements, espaces de visibilité la concurrence devient parfois féroce. Au lieu de stimuler l’excellence et la créativité, elle nourrit la jalousie, l’ego et la peur de perdre sa place. Ainsi, certains choisissent de faire tomber l’autre plutôt que de grandir ensemble. Ces comportements sont d’autant plus préoccupants qu’ils reproduisent, à petite échelle, les mêmes pratiques que les jeunes prétendent combattre dans les systèmes politiques et sociaux.
Les conséquences sont lourdes. Les coups bas détruisent la confiance, fragmentent les mouvements citoyens et créent des climats toxiques où règnent la méfiance et le silence. Beaucoup de jeunes finissent par se retirer des espaces d’engagement, non par manque de conviction, mais par épuisement moral. D’autres s’autocensurent, freinent leurs initiatives ou renoncent à prendre la parole, par peur d’être attaqués, isolés ou discrédités.
Pourtant, l’engagement citoyen ne devrait jamais être un champ de bataille interne. Au contraire, il devrait être un espace d’apprentissage, de solidarité et de construction collective. C’est précisément cette vision que défend AfricTivistes CitizenLab, en plaçant l’éthique, la responsabilité et la collaboration au cœur de l’action citoyenne. Les coups bas ne servent ni les causes défendues ni les communautés concernées ; ils affaiblissent les luttes et retardent le changement.
Il est temps que les jeunes osent se regarder en face et se poser les bonnes questions : quel type de leaders voulons-nous être ? Quel héritage voulons-nous laisser ? Dénoncer les pratiques malsaines ne signifie pas diviser, mais au contraire assainir. Promouvoir la transparence, reconnaître le travail des autres, créer des mécanismes de dialogue et de médiation, et encourager la sororité et la fraternité sont des actes profondément politiques et citoyens.
Résister aux coups bas, c’est choisir la dignité face à la manipulation, la solidarité face à la jalousie, et l’éthique face aux intérêts personnels. Le véritable leadership jeune ne se mesure pas à la capacité de nuire, mais à celle d’inspirer, de rassembler et de faire émerger d’autres leaders. Construire une Afrique plus juste, plus démocratique et plus inclusive commence par transformer nos propres espaces d’engagement. Les jeunes ont le pouvoir de changer les systèmes, à condition de ne pas se détruire entre eux.
FALMATA Caroline