Évolution du numérique dans la société tchadienne, une culture de vérification des faits doit s’imposer

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, déclarait au sujet des fausses informations : « Les fausses informations envahissent les voies de communication. Des théories du complot sauvage infectent l’internet. La haine devient virale, stigmatisant et dénigrant des personnes et groupes. Le monde doit s’unir contre cette pathologie ».
Les fausses informations circulent aujourd’hui à une vitesse très élevée et affectent profondément notre culture, notre société et notre politique. Elles sont souvent planifiées, préméditées et orientées pour nuire, notamment à travers un partage massif.
Dans le contexte tchadien comme ailleurs, la montée de l’intelligence artificielle générative accentue ces enjeux. Les contenus falsifiés images, vidéos, audios deviennent plus difficiles à distinguer, renforçant la nécessité d’une culture de vérification des faits.
Une problématique déjà installée dans les pratiques numériques
Sur internet et dans les espaces publics, le terme « Fake news » est devenu omniprésent. Plusieurs blogueurs et créateurs de contenu évoquent cette problématique, sans pour autant réussir à enrayer le phénomène. Dans un nombre croissant de pays africains, dont le Tchad, les fausses informations sont désormais un facteur social majeur. Cette situation s’explique par l’expansion rapide de l’accès à Internet et par une culture numérique encore limitée, en particulier concernant l’usage responsable des outils digitaux.
Pourquoi les fausses informations sont-elles devenues une menace ?
La mutation numérique bouleverse nos sociétés : chacun peut produire et diffuser de l’information en temps réel, quel que soit le contenu.
Mais une question centrale demeure : une fois le préjudice moral causé, qui le répare ?
Nous partageons tous du contenu, nous exprimons nos opinions, nous sommes tous connectés. Un usage responsable exige davantage de prudence, une attention à la vie privée et une conscience des risques.
Pour éviter les pièges de la désinformation, trois règles essentielles s’imposent :
- Identifier le nom de l’auteur et la source ;
- Analyser le contenu de la publication ;
- Comprendre la nature de la publication.
Les populations africaines, y compris les citoyens tchadiens, ont le droit d’accéder à une information fiable pour comprendre les enjeux réels. Cela nécessite une coordination entre la société civile, les vérificateurs des faits et les dirigeants.
La jeunesse doit être impliquée dans les décisions, consultée et informée, car elle constitue un levier essentiel du développement. Contribuer à une information fiable implique de renforcer les médias africains en compétences sur la vérification et la déconstruction des fausses informations.
Le rôle des médias et la nécessité de renforcer les compétences
L’accès à l’information est un droit fondamental. En Afrique, les médias jouent un rôle crucial dans la création et la circulation du contenu.
Cependant, par manque de formation, certains journalistes relaient eux-mêmes des informations douteuses. D’où l’urgence de renforcer leurs compétences afin qu’ils puissent sensibiliser leurs publics surs :
- Le contenu qu’ils reçoivent ;
- Le contenu qu’ils partagent ;
- Le rôle de la communication en faveur des droits humains et du développement durable.
Chaque média reconnu doit pouvoir disposer d’un département dédié à la vérification et à la déconstruction des fausses informations, animé par des membres de la rédaction formés au fact-checking. Un tel dispositif renforcerait la démocratie, la paix et la cohésion sociale.
L’importance d’associer les blogueurs et créateurs de contenu
Le blog constitue un outil de communication majeur, capable d’influer fortement sur l’actualité et d’apporter un regard critique. Des plateformes comme Mondoblog permettent à de nombreux blogueurs francophones, notamment africains, de s’exprimer librement.
Dans la lutte contre les fausses informations, il est indispensable d’intégrer les blogueurs, de les former et de leur fournir des outils pour déconstruire les mensonges, les calomnies, les images sorties de leur contexte et les fausses déclarations.
Pour cela, il faut :
- Identifier les associations ou réseaux de blogueurs ;
- Choisir deux blogueurs par réseau pour être formés ;
- Doter ces associations en matériel adapté ;
- Encourager la diffusion des compétences acquises pour maximiser l’impact.
Moussa Tahir
Chargé de Communication AfricTivistes CitizenLab Tchad