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Au Tchad, on peut encore parler de justice ?

Le 21 octobre 2021, lors d’une dĂ©claration faite devant les journalistes, entourĂ© de ses proches collaborateurs, pour dĂ©crire l’immixtion du pouvoir exĂ©cutif dans l’exĂ©cution des dĂ©cisions de justice, le prĂ©sident de l’ordre des avocats du Tchad Me Djerandu Laguere Dionro a dĂ©clarĂ© ceci : « La justice tchadienne a besoin d’une bonne thĂ©rapie pour ĂŞtre gage de la paix vĂ©ritable, baromètre de l’État de droit », fin de citation.

Petit zoom sur la justice tchadienne

Selon le traitĂ© relatif Ă  l’harmonisation du droit des affaires en Afrique ratifiĂ© par le Tchad le 13 avril 1996, stipule que : le pouvoir judiciaire du Tchad est reconnu par la constitution comme l’un des trois pouvoirs fondant la dĂ©mocratie.  Cela inclut aussi les diffĂ©rentes juridictions (tribunaux de grandes instances, cour d’appel…), qui traitent les affaires civiles, commerciales, sociales et pĂ©nales.

En réalité plusieurs textes affirment l’indépendance de la justice, y compris la constitution du 31 mars 1996 qui a fait l’objet d’une révision par la suite. Mais depuis tout ce temps, cette indépendance n’était qu’une simple appellation sur bout de papier.

La justice, c’est quoi ?

Pour éviter toute ambiguïté sur cette question, il est préférable de connaître la définition de la justice. Car au Tchad, on a tendance à confondre les choses sans connaître de quoi il s’agit exactement. Ici, je parle en connaissance de cause !

Plusieurs dĂ©finitions peuvent ĂŞtre dĂ©gagĂ©es, mais le croisement de certains mots tels que « Ă©quitĂ© Â» et « rigueur Â» qui reviennent un peu partout rĂ©sume le vrai sens de ce mot « Justice Â». Mais si l’on se rĂ©fère Ă  la dĂ©finition donnĂ©e par l’encyclopĂ©die de recherche libre WikipĂ©dia, dans un État : La justice est un principe philosophique, juridique, et moral fondamental.

Au Tchad, la justice fait mal au pays !

Quand il s’agit des plus faibles, cette justice applique la loi dans la rigueur, mais quand c’est les gros morceaux, cette justice s’aplatit et devient stérile. Le fonctionnement de la justice reste un problème très sérieux. Le pouvoir judiciaire n’a jamais montré sa force contre les puissants, sauf aux personnes les plus faibles.

Le système judiciaire tchadien est accusĂ© plusieurs fois d’être en « agonie Â». Mais lĂ , l’on assiste presque Ă  son dĂ©cès et s’en suivra son enterrement. Tellement que cette justice n’existe que de nom, poser une simple question Ă  un citoyen dans la rue pour avoir son avis et il vous dira : « Est-ce que ce pays a une justice ? Â»

Mais le citoyen Lambda tchadien accuse très souvent « les autres Â» de ce qui se passe dans son propre pays en oubliant carrĂ©ment la justice qui n’existe que de nom.

Elle se fait mal Ă  elle-mĂŞme !

Cette justice fait mal Ă  elle-mĂŞme parce que les magistrats partent souvent en grèves rĂ©pĂ©titives pour « rĂ©clamer justice Â». Que doit-on attendre d’une justice qui cherche justice ?  Absolument rien Ă  mon avis.

Des magistrats au service de leurs intérêts égoïstes

Certains magistrats subissent de pressions intenses partout dans certains dossiers. Si certains avaient étudié pour servir le pays, ce n’est pas le cas chez d’autres magistrats au Tchad.

S’il faut prendre un exemple pour illustrer cela, il n’en manque pas. Après les manifestations du 20 octobre 2022 qui ont engendrés plusieurs morts, la justice a jugé certains manifestants mettant de côté la question de la répression sanglante.

Que conclure finalement de cette justice ?

Moussa Tahir

Chargé de Communication / AfricTivistes CitizenLab Tchad

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